Bonjour à toutes et à tous,

Notre 7ème mission au sein du camp de réfugiés de Grande Synthe vient de s’achever.

A ce titre, nous tenons à vous faire part du témoignage très touchant d’une de nos bénévoles présente sur le terrain lors de cette intervention.

« Au milieu de la boue et du froid, emmitouflé sagement entre ses parents, il dormait.

On distinguait à peine ses paupières, sa bouche ou son nez du monceau de vêtements qu’on avait soigneusement disposé contre son corps. Autour de lui, les adultes m’exposaient dans un anglais approximatif les problèmes qu’ils rencontraient ; les gênes pendant les repas, la douleur qui se rappelait à eux, inlassablement, depuis des semaines.

Tout au fond de cette pièce exiguë, comme bercé par les soupirs et les attentes souvent irréalistes de ses parents, il dormait. Sa présence paisible, ses songes silencieux, la chaleur qui l’entourait détonnaient singulièrement avec l’atmosphère bruyante du cabinet et nous offraient un peu de répit au cœur de cette journée agitée.

Il ne savait rien des conflits qu’avaient fui sa famille, de son pays d’origine, de celui où ses parents pensaient trouver refuge sans savoir ce que réfugié signifiait en français. Aucune fée ne s’était penchée sur son berceau. Aucun dieu ne lui avait promis une vie simple ou une enfance insouciante.

Pourtant, comme un pied de nez à ce quotidien éprouvant, il dormait d’un sommeil calme et profond.

[…]

Un râle, un bruit un peu plus fort l’ont finalement soustrait à sa sieste. Il a ouvert ses grands yeux noirs dans une tranquillité olympienne à laquelle il m’avait déjà habituée. Il est resté sans bruit à observer ces adultes allongés, le ronronnement des machines, le ballet des instruments que je sortais machinalement les uns après les autres.

Une fois terminé je me suis approchée avec une peluche que j’avais dégotée le matin même au milieu des cartons de médicaments et d’échantillons de dentifrice. Je me suis adressée à lui avec l’air gaga qui me caractérise quand je suis face à un bambin. Il a plongé ses yeux dans les miens, a plissé légèrement les paupières et m’a gratifié d’un immense sourire édenté.

[…]

Il s’appelle Abbad. Ses parents ont fui le kurdistan irakien. Il est né à l’automne, comme moi. En France, toujours comme moi.

Contrairement à moi il a passé les premiers mois de sa vie dans une cabane en bois, sans chauffage ni matelas, sur les tapis que ses parents ont pu récupérer. Il n’a connu que ce camp où je me rends tous les trois mois et où je suis aussi contente d’arriver que de repartir.

La vie trouve son chemin, toujours. L’humanité devrait en faire tout autant. »